Lorsqu’on est victime d’une agression, d’un vol violent, d’une atteinte sexuelle ou de toute autre infraction pénale, la priorité est souvent de se soigner, de se protéger et d’essayer de comprendre ce qui s’est passé. Mais une fois l’urgence passée, la question de l’indemnisation se pose. Comment réparer les dommages physiques, psychologiques, matériels ou économiques causés par l’infraction ? Et surtout : est-il possible d’être indemnisé quand l’auteur de l’agression n’a pas été retrouvé, arrêté ou identifié ?

Cette question est centrale, car une part significative des infractions commises en France reste non élucidée. Les victimes se retrouvent alors devant une double injustice : subir une infraction et ne recevoir aucune compensation faute d’auteur identifié. Pourtant, le droit français offre des mécanismes spécifiques d’indemnisation, destinés précisément à éviter cette situation. Parmi ces dispositifs, les deux principaux sont la CIVI (Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions) et le SARVI (Service d’Aide au Recouvrement des Victimes d’Infractions).
Cet article fait le point, de manière claire et complète, sur les possibilités d’indemnisation lorsqu’un agresseur n’est pas identifié. Nous expliquerons comment fonctionnent la CIVI et le SARVI, quelles conditions doivent être remplies, quelles démarches entreprendre, et en quoi l’accompagnement d’un avocat peut faire une réelle différence.
1. L’indemnisation des victimes : un droit, même sans auteur identifié
La principale difficulté rencontrée par les victimes est que la procédure pénale repose traditionnellement sur la recherche et la sanction d’un auteur. Lorsque celui-ci ne peut pas être identifié, il n’y a pas de procès, pas de condamnation civile, et donc, en apparence, pas de moyen d’obtenir réparation.

Pourtant, depuis plusieurs décennies, le législateur a mis en place des mécanismes permettant aux victimes d’être indemnisées indépendamment du sort de l’auteur. L’objectif est simple : éviter que l’absence d’auteur ou la pauvreté de celui-ci ne prive la victime de ses droits.
1.1. Pourquoi l’État indemnise-t-il certaines victimes ?
Le raisonnement est fondé sur un principe de solidarité nationale. L’idée est que la société a la responsabilité d’aider les victimes d’actes délictueux ou criminels, notamment lorsqu’elles ne peuvent se retourner contre personne. Un fonds spécifique – le Fonds de Garantie des Victimes des actes de Terrorisme et d’autres Infractions (FGTI) – a été créé à cet effet.
1.2. L’absence d’agresseur identifié ne supprime pas le droit à réparation
Une victime peut donc être indemnisée même si :
- l’auteur n’a jamais été identifié ;
- l’auteur est identifié mais en fuite ;
- l’auteur est décédé avant d’être jugé ;
- l’auteur est insolvable et donc incapable de payer.
Le droit français prévoit donc que la réalité de l’infraction et la réalité du préjudice priment sur l’identification de l’auteur. Cela garantit un accès à la réparation pour les victimes.
2. La CIVI : le mécanisme central d’indemnisation lorsque l’auteur est inconnu
La CIVI est de loin le dispositif le plus important lorsqu’on parle d’indemnisation en l’absence d’auteur identifié. Elle fonctionne comme une juridiction spécifique, rattachée à chaque tribunal judiciaire, et son rôle est de déterminer si la victime peut être indemnisée et à quel montant.
2.1. Qu’est-ce que la CIVI ?
La CIVI n’est pas un tribunal pénal : elle ne juge pas de la culpabilité de l’auteur. Elle se prononce uniquement sur la question de l’indemnisation. Elle travaille en lien avec le FGTI, qui est chargé du paiement des indemnisations une fois la décision rendue.
2.2. Dans quels cas saisir la CIVI ?
La CIVI peut être saisie dans trois grandes situations :
- Infraction grave : violences volontaires entraînant une ITT supérieure à un mois, agressions sexuelles, viols, tentatives d’homicide, etc.
- Infraction légère mais préjudice important : même si les violences sont moins graves, la CIVI peut indemniser la victime si les conséquences sont significatives.
- Agressions ou infractions commises par un auteur inconnu, insolvable ou absent.
Dans la majorité des cas où l’agresseur n’est pas identifié, c’est la CIVI qui permet une indemnisation.
2.3. Les conditions d’indemnisation par la CIVI
Pour bénéficier de cette indemnisation, plusieurs critères doivent être respectés :
1. Prouver qu’une infraction a été commise
Même sans auteur, la réalité des faits doit être établie. La victime doit fournir :
- la plainte ;
- un certificat médical décrivant les blessures ;
- d’éventuels témoignages ;
- des documents attestant des dommages.
2. Prouver un préjudice réel
Il peut s’agir :
- d’un préjudice corporel (blessures, séquelles, incapacité) ;
- d’un préjudice moral (traumatisme, anxiété) ;
- d’un préjudice matériel (objets détruits ou volés) ;
- d’un préjudice économique (arrêt de travail, perte de revenus).
3. Respecter les délais
En principe, la victime dispose de trois ans à compter de l’infraction pour saisir la CIVI. Ce délai peut être prolongé si la victime découvre plus tard un élément nouveau sur son préjudice.
2.4. Comment se déroule la procédure ?
La procédure CIVI se déroule en plusieurs étapes :
1. Dépôt du dossier
Un dossier complet est déposé auprès de la commission. Il doit comporter :
- l’exposé des faits ;
- les preuves de l’infraction ;
- les justificatifs du préjudice ;
- les demandes chiffrées.
2. Échanges avec le Fonds de garantie
Le FGTI peut :
- accepter la demande et proposer une indemnisation ;
- contester certains points ;
- demander des documents complémentaires.
3. Audience
Il peut y avoir une audience, mais elle n’est pas systématique. Si elle a lieu, elle permet à la victime, assistée de son avocat, d’exposer sa situation.
4. Décision
La CIVI rend une décision, et le FGTI verse l’indemnisation.
2.5. Quels montants peut-on obtenir ?
La CIVI peut indemniser la totalité des préjudices, y compris les dommages corporels les plus importants, sans plafond, selon les barèmes de réparation habituellement utilisés dans les préjudices corporels.
3. Le SARVI : un mécanisme complémentaire, mais limité lorsque l’auteur n’est pas identifié
Le SARVI, contrairement à la CIVI, ne peut intervenir que lorsqu’un jugement pénal existe déjà. Autrement dit : si l’auteur n’a pas été retrouvé ou jugé, il est impossible de solliciter le SARVI.
3.1. Dans quel cas le SARVI intervient-il ?
Le SARVI a été conçu pour aider les victimes lorsque :
- l’auteur a été condamné ;
- des dommages et intérêts ont été prononcés ;
- mais la victime ne parvient pas à obtenir le paiement.
Le SARVI paie alors une avance à la victime et se charge ensuite de récupérer les sommes auprès de l’auteur.
3.2. Pourquoi le SARVI ne peut-il pas être utilisé si l’agresseur est inconnu ?
Parce que son fonctionnement repose sur l’existence d’une condamnation. Si l’auteur n’a pas été identifié, il n’y a pas de procès, pas de condamnation, et donc pas de titre exécutoire à faire valoir. Dans ce cas, seule la CIVI permet une indemnisation.
3.3. Quels montants verse le SARVI ?
- Une avance plafonnée en cas de condamnation à un faible montant.
- Le paiement intégral lorsque les dommages et intérêts sont inférieurs à un certain seuil.
- Des frais de recouvrement pris en charge par le fonds.
4. CIVI ou SARVI : que choisir ?
Pour résumer, voici comment déterminer le bon dispositif :
- Auteur non identifié → CIVI
- Auteur identifié mais insolvable → CIVI ou SARVI selon la gravité
- Auteur condamné mais ne paie pas → SARVI
Dans 100 % des cas où l’agresseur est inconnu, la CIVI est la voie appropriée. Le SARVI ne joue un rôle que dans les procédures pénales abouties.
5. Les bonnes pratiques pour maximiser ses chances d’indemnisation
L’indemnisation des victimes repose beaucoup sur la constitution du dossier. Voici quelques conseils essentiels.

5.1. Déposer plainte le plus tôt possible
La plainte est souvent le premier document examiné par la CIVI. Plus elle est précise, mieux c’est.
5.2. Conserver tous les éléments de preuve
Les certificats médicaux, photos, factures, attestations de proches… tout peut servir.
5.3. Consulter un avocat rapidement
Un avocat peut :
- vous aider à déterminer le bon dispositif ;
- constituer un dossier solide ;
- organiser l’évaluation des préjudices ;
- vous représenter devant la CIVI ;
- négocier avec le FGTI ;
- éviter les erreurs de procédure.
5.4. Ne pas dépasser les délais
Même si des exceptions existent, il est essentiel d’agir rapidement.
6. Conclusion : oui, une victime peut être indemnisée même sans agresseur identifié
En France, l’indemnisation des victimes est un droit protégé, même lorsque l’auteur des faits est inconnu ou insolvable. Grâce à la CIVI, il est possible d’obtenir une indemnisation complète de ses préjudices. Le SARVI, quant à lui, intervient uniquement lorsqu’une condamnation pénale a été prononcée.
Cependant, la procédure peut être technique, parfois longue et exigeante en termes de justificatifs. L’accompagnement d’un avocat permet de sécuriser les démarches et d’obtenir une indemnisation juste et complète.
Le Cabinet Sanajuris accompagne régulièrement des victimes dans leurs démarches CIVI ou SARVI. Nous mettons notre expertise au service de la défense de vos droits et de la reconnaissance de votre préjudice.
Si vous êtes victime d’une infraction, même si l’auteur n’a pas été identifié, n’hésitez pas à nous contacter. Nous vous orienterons sur les démarches à entreprendre et les possibilités d’indemnisation qui s’offrent à vous.


